L'argent circule, s'épargne, se prête, s'investit. Avant d'agir, mieux vaut comprendre les mécanismes — et les risques qui les accompagnent. Cet article fait partie de notre dossier permanent sur la finance numérique et la transparence des plateformes.
"Zéro commission" : de quoi parle-t-on vraiment
Le marketing des plateformes d'investissement en ligne a popularisé le "zéro commission" : pas de frais de courtage, pas de frais de garde, pas de droit de garde. C'est exact, sur la brochure. Mais le coût total d'usage ne se résume pas au courtage. Il se cache ailleurs, et c'est précisément ce "ailleurs" qui fait la différence entre deux plateformes au tarif affiché identique.
"Le courtier ne facture pas l'ordre. Mais le spread, le change, et parfois le lieu d'exécution, eux, facturent."
Les six couches de frais à isoler
Courtage affiché
Le prix que la plateforme affiche par ordre. Variable d'un courtier à l'autre, parfois nul, parfois étagé selon le marché (Euronext, Nasdaq, etc.).
Spread
L'écart entre le prix d'achat et le prix de vente. C'est la marge du teneur de marché. Le spread est invisible sur le ticket d'ordre, mais il est dans le prix d'exécution. Sur les valeurs peu liquides, il peut représenter plusieurs points de pourcentage.
Taux de change
Pour les titres étrangers, la conversion de devise s'opère à un taux souvent majoré. L'écart entre le taux interbancaire et le taux proposé par la plateforme est un coût silencieux, parfois supérieur au courtage lui-même.
Frais de conversion implicite
Sur certaines plateformes, l'ordre est exécuté sur un marché tiers (dark pool, internalisateur), à un prix différent du cours affiché. C'est légal, mais c'est un coût. L'ESMA publie chaque année un rapport sur la qualité d'exécution des plateformes européennes.
Frais de tenue de compte, PEA, etc.
Parfois gratuits pour les premiers ordres, payants ensuite. Toujours lire la grille tarifaire complète, et non le bandeau promotionnel.
Fiscalité non récupérée
Sur un PEA, après 5 ans, la fiscalité est allégée. Sur un CTO, elle s'applique dès le premier euro. Le choix de l'enveloppe modifie le rendement net de plusieurs points, parfois davantage que tous les frais cumulés.
Comparaison schématique de trois profils
Pour rendre les choses concrètes, voici une grille simplifiée de ce que coûte un ordre de 1 000 € sur une action US, selon la plateforme. Les chiffres sont des ordres de grandeur à interpréter comme tels, et non comme des valeurs garanties : la qualité d'exécution varie d'un courtier à l'autre et d'un jour à l'autre.
| Poste | Plateforme A | Plateforme B | Plateforme C |
|---|---|---|---|
| Courtage affiché | 0 € | 0,50 € | 1,99 € |
| Spread estimé (action liquide) | 0,02 % | 0,03 % | 0,01 % |
| Change EUR → USD | +0,25 % | +0,15 % | +0,05 % |
| Lieu d'exécution | Marché principal | Internalisateur | Marché principal |
| Fiscalité (PEA après 5 ans) | 17,2 % | 17,2 % | 17,2 % |
| Coût total estimé | ~0,30 % | ~0,40 % | ~0,25 % |
Le courtier C, qui affiche le courtage le plus élevé, est ici le moins cher une fois tous les postes additionnés. Le courtier A, "zéro commission", est le plus cher pour cet ordre. C'est exactement le type de cas où le discours marketing se retourne.
Comment lire la fiche standardisée
Depuis 2018, les plateformes d'investissement européennes doivent publier chaque année un rapport sur la qualité d'exécution des ordres (RTS 27 / RTS 28). Ce document, peu connu, liste les cinq principaux lieux d'exécution, les frais moyens, la vitesse et la probabilité d'exécution. C'est la source la plus fiable pour comparer objectivement deux courtiers sur un même titre. On y accède depuis la page "Informations réglementaires" du courtier.
Les questions à poser avant d'ouvrir un compte
- Quel est le tarif complet (courtage + change + spread typique) pour les titres que je compte acheter ?
- Le rapport d'exécution est-il public ? Pour quels titres ?
- La conversion de devise se fait-elle à un taux interbancaire ou à un taux majoré ?
- Y a-t-il un compte-titres ordinaire, un PEA, les deux ? Quels plafonds ?
- La plateforme est-elle immatriculée en France (AMF) ou dans un autre État membre ?